APPEL A LA CONSTITUTION D’UN MOUVEMENT CONTRE LE FRONT NATIONAL AU SECOND TOUR

Première réunion ouverte à tous et à toutes le jeudi 17 novembre à 19h à la Maison de Quartier de Villejean (2 rue de Bourgogne, Rennes)

Les élections et les sondages se succèdent mais rien n’y fait : il semble acquis que le FN sera au second tour de l’élection présidentielle. On nous répond : « et alors ? On risque quoi ? De toute façon, au second tour, il perdra. Comme en 2002. »

C’est probable mais…


En 2002, la présence du FN au second tour fut une surprise et la défaite du FN a aussi été le produit d’un sursaut populaire qui, dans les urnes mais aussi dans la rue, a dit : NON ! Or, actuellement, où est le sursaut populaire ? On nous annonce que les urnes suffiront mais est-on sûr que l’on peut faire perdre le FN sans la rue ?

Nous refusons de prendre le risque.


Le FN a gagné son pari : à force de dédiabolisation, contrairement à 2002, il passe pour un parti comme un autre. Il est invité dans les émissions politiques et la plupart des partis acceptent de discuter avec lui, comme avec n’importe quel autre parti. Le FN n’est
pas un parti comme un autre. Pour s’en convaincre, il suffit de lire son programme !

Il continue d’être le seul parti qui fonde son programme sur la « priorité nationale », nouvelle expression qui est venue remplacer depuis 2012 la vieille « préférence nationale ».

Il continue d’être le seul parti à oser écrire que les politiques de la « diversité » sont des politiques de la « préférence immigrée », le seul parti à dénoncer les politiques de « la parité » ou les politiques multiculturelles car, écrit-il, « les premières victimes en sont les hommes blancs hétérosexuels ».

Il continue d’être le seul parti qui propose d’interdire les manifestations des sans-papiers ou les manifestations de soutien aux sans-papiers. Le FN a récemment créé l’association « Ma commune sans migrants » et appelle les maires de France à signer une charte qui contient différents engagements pour empêcher l’arrivée des migrant-e-s dans les communes. C’est absurde et illégal mais ça révèle que, pour le FN, « un migrant » n’est pas juste une personne qui migre, peu importe sa nationalité. Pour le FN, « un migrant » vient nécessairement des pays du Sud : il est « pauvre », « noir », « arabe », « musulman »…

Nous refusons qu’un parti ouvertement liberticide et raciste soit au second tour de l’élection présidentielle.


Le FN est devenu la force d’attraction de l’échiquier politique. La preuve : tous les candidats qui prétendent à des scores susceptibles de les qualifier au second tour sont lepénisés. Politiques migratoires de rejet, contrôles aux frontières, état d’urgence permanent, déchéance de la nationalité, affaire du burkini, « nos seuls ancêtres les gaulois », construction d’un mur à Calais, patriotisme ravivé, nationalisme primaire, etc. La droite et la gauche jouent avec la flamme.

Nous refusons que le second tour de l’élection présidentielle vienne renforcer la lepénisation de la vie politique.


À gauche, on entend de plus en plus que les politiques de Sarkozy et Valls n’ont rien à envier à la politique que mènerait le FN. D’autres font confiance au patronat et au capitalisme pour faire en sorte que, si jamais le FN arrive au pouvoir, les contraintes – européennes, libérales, etc. – soient si fortes que le FN n’ait d’autre choix que de jouer la continuité dans les politiques menées. Nous ne savons pas ce que ferait le FN au pouvoir. Nous ne savons pas s’il s’adoucirait et s’il se contenterait de poursuivre la politique menée par Sarkozy et Valls.

Simplement, quand nous entendons le FN proclamer son admiration pour Poutine ou Trump, nous refusons là encore de prendre le risque.


Certain-e-s disent ne pas craindre une arrivée du FN au pouvoir. Pour qu’il y ait un électrochoc. Pour que le peuple se réveille et se révolte. Une politique du pire qui autoriserait tous les espoirs.

Nous venons de vivre un durcissement très inquiétant de « la sécurité » dans ce pays : manifestations interdites, militant-e-s assigné-e-s à résidence, répression policière violente des manifs contre la loi Travail, mutilations de manifestant-e-s, mort de Rémi Fraisse… Par ailleurs, plusieurs études (exemple : Cevipof) montrent que la police et l’armée voteraient majoritairement pour le FN.

Si la répression a pu atteindre un tel niveau sous Valls, quel niveau atteindra-t-elle sous le FN ? Est-on sûr qu’une révolte pourra avoir lieu si elle se trouve face à des forces policières et armées largement acquises au FN ?

Nous refusons de prendre le risque de crever au nom de la politique du pire.


Nous ne savons pas si le FN peut, par un vote majoritaire ou par un accident électoral, arriver au pouvoir suprême qui lui permettrait de disposer des services de renseignement, de l’appareil policier, de l’appareil militaire, du bouton nucléaire… Pour l’instant, nous n’y croyons pas trop mais nous flippons un peu.

Nous savons juste que, si le FN arrive au second tour, des risques majeurs existent pour « les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus » (Coluche, 1981).

Nous savons juste que, si le FN arrive au second tour, les gens qui veulent voter et qui ne sont pas FN n’auront pas la possibilité d’avoir le choix entre deux candidat-e-s.

Nous savons juste que, si le FN arrive au second tour, les gens qui hésitent à voter seront condamné-e-s au vote utile ou à une abstention risquée.

Nous savons juste que, si le FN arrive au second tour, les gens qui refusent de voter risquent de payer très cher leurs convictions anti-électoralistes.

Pour discuter de la situation et des solutions, nous appelons à la constitution d’un large « mouvement contre le FN au second tour ».

Nous appelons les gens, les collectifs, les associations, les syndicats, les partis à se réunir pour construire ce mouvement dans les plus brefs délais.

Nous appelons notamment les maisons de quartiers, le milieu associatif et culturel, à participer à la construction de ce cadre unitaire.

Nous appelons les lieux de travail, les lieux d’étude, les lieux de loisirs à mettre en débat les risques associés à une éventuelle arrivée au pouvoir du FN.

Nous appelons à des actions variées (manifestations, concerts, repas, débats, tracts, journaux, meetings, éducation populaire, conférences gesticulées, etc.) pour construire l’échec du FN dès le premier tour.

Nous appelons les gens qui veulent voter, qui ne votent plus, qui hésitent à voter, qui refusent de voter à se réunir – provisoirement – afin que notre diversité, parfois conflictuelle, soit préservée d’une victoire du FN et de la résignation dominante autour de sa présence au second tour.

non-fnPremière réunion ouverte à tous et à toutes le jeudi 17 novembre à 19h à la Maison de Quartier de Villejean (2 rue de Bourgogne, Rennes)